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Notre histoire

1928 : les sports d'hiver à Barcelonnette s'affichent

Immédiatement après la première guerre mondiale, le tourisme de villégiature et de passage se développe dans la Vallée de l'Ubaye. Barcelonnette et Jausiers sont des stations estivales réputées. On y séjourne aux beaux jours pour s'oxygéner et profiter des bienfaits de l'altitude. La clientèle est aisée, professions libérales, commerçants, entrepreneurs.

L'hiver, les chasseurs alpins, cantonnés à Barcelonnette, Jausiers ou la Condamine, initient les civils au ski et animent les concours. En 1922 sous la houlette de Jean Caire, président du Syndicat d'Initiative, a lieu la première édition du grand concours de ski de Barcelonnette.

Le Journal Officiel de la République Française daté du 16 novembre 1927 salue par un court communiqué la naissance du « Groupe des Skieurs de la Vallée de l'Ubaye (GSVU) ». Objectif : favoriser le développement des sports d'hiver. Son siège est situé à l'hôtel des Alpes à Barcelonnette (Basses-Alpes).

Quelques mois plus tard, la Compagnie PLM édite une affiche titrée « Sports d'hiver - Barcelonnette - Basses-Alpes » et illustrée par Pierre Michel qui représente un saut de skieur, sur fond de Chapeau de gendarme, montagne emblématique de la vallée.

Ce transporteur estime que la Vallée de l'Ubaye a un avenir dans une nouvelle activité encore à l'état embryonnaire : les sports d'hiver. Les clients qui traversent l'été en autobus les Alpes de Thonon à Nice via Barcelonnette sont à ses yeux, autant de skieurs potentiels.

1933 : compétitions de ski de fond et de saut

En 1933, le GSVU participe à l'organisation, autour de Barcelonnette, des premières compétitions de ski de fond. Circuit habituel : Le Plan, direction Uvernet, montée à Pra Soubeyran et retour. Elles sont quelquefois accompagnées d'épreuves de saut. Les concours ont lieu sur le tremplin créé au Plan derrière la propriété Gassier. Les sauteurs franchissent environ une vingtaine de mètres. Sur un autre tremplin, situé à La Condamine, les frères Bonnet commencent à s'exercer. L'un d'eux, Honoré, deviendra l'entraîneur le plus titré de l'histoire du ski alpin. Deux tremplins sont construits à la Chaup sur la route de la station du Sauze. Un petit pour les sauts de vingt-cinq à trente mètres et un grand, avec une rampe en bois permettant des sauts de soixante à soixante cinq mètres.

Le GSVU joue un rôle déterminant dans le développement du ski au Sauze et en Ubaye. Chaque dimanche d'hiver il propose des sorties à ses adhérents. Un moniteur, le plus souvent militaire, encadre le groupe. Les cars de la SATA (Société Alpine de Transports Automobile) montent au Sauze ces sportifs et c'est sans doute la famille Aubert qui crée un premier petit refuge à côté de la ferme des Couttolenc.

Une partie de la population locale comprend que le tourisme d'hiver peut se développer en Ubaye. Les animateurs éclairés du GSVU sillonnent régulièrement les champs de neige du Sauze et y amènent des citadins aisés habitants de grandes villes. En 1933, le comité directeur du GSVU choisit comme président, à l'unanimité de ses membres, Charles Aubert, directeur de la SATA. Les hivers n'étant pas tous favorables pour l'utilisation du tremplin de la Chaup, le club annonce en décembre que « grâce à l'extrême amabilité de la famille Couttolenc qui a mis à disposition un terrain propice, à titre tout à fait gracieux, Barcelonnette aura un tremplin toujours enneigé au Sauze ». Les compétitions de ski attirent de plus en plus de monde. Le dîner de clôture du concours du 14 janvier 1934, organisé par le GSVU avec l'appui du 15° BCA, réunit 210 convives à l'Hôtel des Alpes.

Départ du tire luge au Sauze dans les années 1930

La décision de construire le premier remonte-pente du Sauze, véritable acte de naissance de la station, est prise en 1934. Il est construit par la S.A.M.S., Société d'Ascension Mécanique du Sauze.

Les statuts sont déposés auprès de Maître Meyran, par Émile Bompard, directeur de cinéma, demeurant à Barcelonnette. Cette société a pour objet la construction et l'exploitation d'un système de transport de skieurs sur la piste du Sauze, près de Barcelonnette.

L'assemblée générale constitutive a nommé comme administrateurs : Charles Aubert, Léon Astier, Émile Bompard de Barcelonnette et Jean Vizern, de Marseille. Cette même assemblée nomme comme commissaire M. Louis Gastinel cafetier à Barcelonnette et comme suppléant, M. Henri Dunand, hôtelier à Barcelonnette. Dans cette société anonyme on trouve aussi des Aixois et des Marseillais ; les noms de Félix et Tagliasco sont encore dans quelques mémoires. L'objectif est de transporter les skieurs du refuge du Sauze 900 m plus loin et 300 mètres plus haut. La gare de départ comme la douzaine de portiques sont en bois. Le câble tracteur entraîne 250 luges à l'heure, à la vitesse de 1,50 m par seconde.

Concours de saut au Sauze dans les années 1920

En 1935, le Journal de Barcelonnette écrit : « …nous ne voudrions pas passer sous silence le dévouement et, surtout, le désintéressement absolu de Madame Couttolenc, du Sauze, et de tous ses enfants. C'est grâce à cette famille que le Sauze va devenir une station de renom …» le journaliste avait bien une vision prémonitoire !

« Concours Fédéral de Barcelonnette 1935 – FPS – GSU : déjà samedi soir des autocars amenaient de Marseille, Avignon, Carpentras, Toulon et d'autres villes de Provence, un tel nombre de skieurs, que Barcelonnette sous la neige retrouvait son animation d'un 14 juillet. Toute la nuit des autobus arrivent encore et nous avons le plaisir de constater que non seulement les hôtels de notre ville, mais ceux de Jausiers, La Condamine, Uvernet, Les Thuiles, La Fresquière, et même du Lauzet étaient plus que complets. » Journal de Barcelonnette, 1935.

Ce monte-pente terminé sera, à cette époque, le plus long existant. En effet, celui de Davos a 300 m de long et 120 m de dénivellation, celui de Megève, 400 m de long… Une fois arrivés à la station supérieure du monte pente, les skieurs peuvent choisir l'une des quatre pistes, tracées par le réputé professeur de Megève, M. Tony Ducia, que le GSU n'hésite pas à faire venir pour faire bien et conformément aux règles du ski. Ces quatre pistes aboutissent au départ du monte skieurs, elles sont établies pour toutes les classes de skieurs et serpentent dans un merveilleux paysage qui, au dire de M. Tony Ducia, « vaut les plus beaux coins du Tyrol ». Journal de Barcelonnette, 1935.

Devant cet engouement des skieurs pour le Sauze, le premier petit refuge sera vite remplacé par un second plus confortable, grâce à l'initiative de Charles Aubert, président du GSU, Léon Astier et Émile Bompard.

Inauguration du Refuge du Sauze : « lundi, le petit village du Sauze présentait une animation inaccoutumée. Plus de 80 skieurs s'en donnaient à cœur joie dans le magnifique champ de neige qui environne le refuge. Vers 11 h la fanfare du 15° BCA arrivait, précédant de peu M. le sous-préfet de Barcelonnette et le Commandant Lorber. A leur descente de voiture (car piloté par M. Aubert, président du GSU, ces messieurs sont venus en auto jusque devant le Refuge) la fanfare joue la Sidi Brahim.

Ce refuge qui, pour cette année a vingt lits, une cuisine, salle à manger est propre et confortable. Mis à la disposition de la Fédération par le GSU, il apporte une attraction de plus et permet à des skieurs de bourse moyenne de se livrer au sport à la mode. M. Garcin, président du Ski-Club de Provence, félicite les dirigeants du GSU de cette généreuse idée. » Journal de Barcelonnette, 1935.

« Les grandes maisons d'actualité Fox-Metro, Eclair-Journal ont envoyé spécialement quatre opérateurs à Barcelonnette pour filmer le monte pente du Sauze. Une première prise de vue a été faite jeudi avec les élèves du collège et de l'école primaire du Sauze. Vendredi avec les skieurs du 15° BCA on réalisa une magnifique prise de vues dans la nuit. La forêt était illuminée a giorno, c'était féerique. Samedi ce fut le tour de Larche et de Saint-Paul où on filma des champs de neige, et aujourd'hui dimanche ce sera autour du monte-pente qui sera filmé par les quatre opérateurs à la fois, sous tous ses angles... Ces reportages filmés seront diffusés dans le monde entier en parlant et sonore et feront connaître Barcelonnette dans tous les coins du globe possédant un cinéma. C'est dire que la propagande qui va être faite pour notre ville aura une diffusion énorme et nous ne pouvons que nous en réjouir et féliciter sincèrement tous ceux qui ont aidé à réaliser cette formidable publicité. » Journal de Barcelonnette, 1936.

En 1938, l'École du Ski Français est créée au Sauze, elle est composée de trois moniteurs, Jimmy Bompard en est le directeur (sans aucun rapport avec l'homonyme cité plus haut). La vallée de l'Ubaye organise la Coupe de Provence et la Coupe Perrier, Paul-Émile Victor et ses chiens esquimaux font étape à Barcelonnette, dans leur raid à traîneau à travers les Alpes.

« La période des fêtes de fin d'année 1937 a amené dans toute notre Vallée une foule de skieurs. À Larche, à Saint-Paul, à Serennes, à La Condamine, au Mélezen, au Sauze et à Barcelonnette, c'est partout la même affluence et le même enthousiasme. Il n'y a pas un champ de la Vallée qui ne soit traversé par des pistes de ski. La patinoire de Barcelonnette, gracieusement éclairée par la Société du Parpaillon et admirablement entretenue par le G.S.U., attire tous les soirs une foule de patineurs et de spectateurs.
Nous devons cependant reconnaître que la station du Sauze, grâce à son monte pente, retient le gros de la clientèle. Ce dernier apparaît des plus pratiques et des mieux accueillis par les skieurs qui le préfèrent de beaucoup aux systèmes de Montgenèvre ou de l'Alpe d'Huez. » Journal de Barcelonnette, 1938.

Extrait du Journal de la Corse du 13 janvier 1938 : « Riche en sites, en excursions et en champs de ski, la Vallée de l'Ubaye ne craint aucune comparaison avec les autres stations, quant à l'organisation de son tourisme hivernal. Son remonte pente est unique en France quant à son type (300 m de dénivellation). A 4 heures de Marseille, à 11 heures de Paris [à l'époque…], la vallée de l'Ubaye vous offre toujours les plaisirs de la neige et du soleil, Barcelonnette la station « ignorée » qui rivalise avec les centres de luxe. »

On ne trouve pas de trace de concours ou d'autres activités ski pendant la deuxième guerre mondiale. Les Allemands installent une unité de territoriaux dans le Chalet-Hôtel. Le 7 juin 1944 ils sont attaqués par la Résistance. Après quelques jours de combat, la Résistance se replie et en représailles les Allemands incendient, entre autres, la ferme de la famille Couttolenc et la gare de départ du télé-luge de la SAMS.
1947 : inauguration du téléski de la SEBU

Durant l'hiver 1946, les clubs de ski provençaux reviennent au Sauze. Le Soleil des Neiges, l'hôtel d'Honoré Couttolenc, est en construction à l'emplacement même de l'ancienne ferme familiale, incendiée par les Allemands. Le  Chalet fédéral , qui sera par la suite remplacé par l'hôtel des Flocons de la famille Martin, est construit par MM Bouy et Basset, deux Marseillais qui ont acheté ce baraquement aux surplus américains. M. Bouy sera aussi le promoteur de l'hôtel de l'Équipe.

Années 50 : téléski de la Savonnette et du Brec

L'immédiat après-guerre voit la création d'une nouvelle société ambitieuse : la S.E.B.U. (Société d'Expansion de Barcelonnette et de l'Ubaye).

Parmi ses actionnaires Honoré Couttolenc, Mme Codur, Émile Charpenel, Léon Astier, Jimmy Bompard, Émile et Charles Aubert. Ils ont de nombreux projets : une piscine, des tennis, et bien entendu le développement du ski au Sauze. Leur premier chantier est le téléski de la SEBU qui sera construit sur le tracé du premier remonte pente. Les pylônes métalliques, le sable et le ciment nécessaires à la confection des socles, sont montés par des mulets de l'armée. Le câble est amené par un camion de la Soudane, société qui exerçait une activité de brasserie. La commande du matériel est confiée à Jean Pomagalski de Grenoble, futur géant du transport par câble qui avec un de ses ouvriers, Louis, met au point sur place le système qui lui permettra de déposer un brevet pour la perche débrayable. Les pièces et ajustements sont réalisés sur les machines-outils de la SATA à Barcelonnette. Est-ce une galéjade : on raconte que c'est l'erreur d'un ouvrier qui monta une pièce à l'envers qui permit de trouver la solution du système de débrayage des perches. Le téléski est inauguré en février 1947, pour mardi-gras.

Les frères Couttolenc, Louis et Honoré, nés au Sauze, propriétaires de nombreuses prairies de ce hameau de la commune d'Enchastrayes, construisent le deuxième remonte pente du Sauze : le téléski de la Savonnette (les structures étant encore en bois) face à l'hôtel du Soleil des Neiges. M. Briche contruit au début des années 50 le téléski du Brec au Sauze 1700.

N'étant pas skieur, il gagne avec son épouse son quartier d'hiver avant la Noël et n'en redescend qu'à la fin mars. La route créée pour desservir cette zone n'est pas encore déneigée. Pendant qu'il tient le remonte-pente, sa femme s'occupe de la buvette.

Pour monter au Sauze 1700 il faut prendre le téléski de la SEBU et se laisser ensuite glisser jusqu'à celui du Brec. M Briche ouvre l'hôtel du Brec en 1958, et un petit téléski école. Désormais la route est déneigée.

Honoré Couttolenc

Années 60 à 80 : le développement s'accélère

Progressivement Honoré Couttolenc rachète les premiers remonte-pente et élargit le domaine skiable. Figure emblématique, personnalité très attachante, cachant sous son éternel béret et large sourire des qualités de visionnaire et de meneur d'hommes.

Visionnaire, gestionnaire hors pair, il a grandement contribué jusqu'à son décès en 1995 au développement du Sauze. Pendant des dizaines d'années Honoré Couttolenc sera également le maire de sa commune. Parmi ses réalisations marquantes : le télésiège qui relie le Sauze au Sauze 1700 en 1961, le début de l'aménagement du secteur de la Rente en 1962, l'aménagement du secteur de l'Alp dans les années 1980. En 1988, le réseau d'enneigement artificiel présent sur le bas du domaine skiable se développe sur la liaison entre le Sauze et le Sauze 1700. Il est à présent étendu à une partie du Sauze 1700.

Une publicité de 1966 indique : « Tous ceux qui connaissent déjà le Sauze vous diront que cette station convient admirablement à tous. 38 km de pistes, les unes très faciles, les autres très sportives, s'offrent aussi bien aux débutants qu'aux skieurs expérimentés. Pour desservir ces pistes 8 téléskis et un télésiège permettent un choix considérable de combinaisons. L'École de ski français met à votre disposition 18 moniteurs et 3 jardinières.»

La Communauté de Communes Ubaye Serre-Ponçon, par l'intermédiaire de la régie d'exploitation du Sauze a aujourd'hui pris le relais. Le Sauze est une station moderne, avec ses 65 kilomètres de pistes, qui affiche sa volonté d'être un lieu privilégié de vacances et de week-end, ouvert à toutes les glisses et offrant dans une ambiance conviviale et familiale un large panel d'activités.

Carole Merle, Christine Rossi, les dames du Sauze

Une pépinière de champions de ski

Le Sauze a toujours été une pépinière de champions de ski, treize de ses skieurs ont évolué en équipe de France.

La plus célèbre est Carole Merle, qui grâce à son énorme talent et travail, s'est hissée pendant six hivers au sommet de la hiérarchie mondiale en géant et super G, récoltant l'un des plus beaux palmarès du ski alpin avec six premières places au classement général de la coupe du monde de géant ou de super-G, un titre de championne du monde, deux de vice-championne du monde, 22 victoires en coupe du monde et une médaille d'argent aux Jeux Olympiques d'Albertville en 1992. Des exploits qui ont ajouté un énorme plus à la notoriété de la station.

Le Sauze s'est également illustré en ski artistique grâce à Christine Rossi qui a dominé le ballet avec un titre de championne du monde, une médaille d'or aux J.O. de Calgary, huit titres de championne d'Europe, 2 premières places au classement général de la Coupe du Monde et 21 victoires en Coupe du Monde.

Texte de robert Goin, attaché de presse de Salomon